[1926, une année tournante dans la vie de Marie Camille Lomon : que se passe-t-il ? L'officier faisant l'admiration de ses supérieurs entre 1914 et 1925, recevant des notations invariablement élogieuses, semble, tout à coup, être en délicatesse avec une partie de sa hiérarchie. Une faute grave, comme on le décrirait dans le monde professionnel contemporain ? Non. Rien dans son dossier ne mentionne de problème majeur ni de scandale plus grave encore. Aucune condamnation mentionnée, aucune participation à une affaire relevée. Toutes les appréciations restent unanimes sur la haute tenue morale de cet officier. Alors, pourquoi trouve-t-on chez cet officier exemplaire la marque d'une lassitude et chez ses supérieurs des appréciations plus restrictives ? Un seul différend avec un supérieur aurait-il suffi à porter une ombre très légère sur un parcours militaire sans accroc ? L'enquête est ardue car les dossiers militaires sont très formalisés et ne laissent que peu de place à la fantaisie littéraire. Laissons parler les faits et faisons parallèlement valoir quelques hypothèses.
1. Quelques indices se font jour sur le préjudice d'une blessure handicapante, préjudice subi dès août 1914 et qui pèsera lourdement sur la carrière de l'officier Lomon.
Une mention sèche de 1926 semble pénaliser le Capitaine Lomon : "rend d’excellents services à la PMS et obtient de très bons résultats. N’a pas de temps de commandement. [C'est nous qui soulignons]. Le colonel cdt le 17e RTA. Signature illisible”.
Comme pour rattraper la rudesse de l’affirmation, la notation de l’année suivante est plus déliée : “Le Capitaine Lomon, toujours employé à la Préparation Militaire Supérieure, est toujours inapte au service de l’infanterie. Le non-accomplissement du temps de commandement dans son grade est et reste imputable aux conséquences d’une blessure de guerre qui a brisé, sans compensation, la carrière qu’il était en droit d’espérer [C'est nous qui soulignons]. Signé Meulle-Desjardins [cdt du 27e RTA]
2. Au travers de la notation de se supérieurs, évoquant toujours les immenses services rendus par l’officier Lomon dans son double rôle d’instructeur et d’organisateur mais qui semblent aussi, très diplomatiquement, ne plus lui voir d’avenir dans l’armée d’active ni de promotion raisonnable. 1928 “Le Capitaine Lomon continue à être employé à la PMS. Toujours inapte au service de l’Infanterie par suite de sa blessure de guerre, cet officier n’a pas accompli son temps de commandement sous le grade de capitaine. [C'est nous qui soulignons]. 2 octobre 1928. Signature illisible”
Ils sont aussi conscients que cet officier ne prend plus de galon pour la même raison : “1929. Très ancien de grade, le Capitaine Lomon sera nommé à l’ancienneté [C'est nous qui soulignons] Chef de bataillon dans le courant de l’année 1930.”
Il est intéressant de relever qu’entre la première proposition au grade de Chef de Bataillon et l’obtention de ce grade, il se passera .. longues années.
3. Marie Camille Lomon fait valoir ses droits à la retraite sur les deux articles 145 et 146. Or, seul l’article 146 sera retenu en dernière instance.
On trouve ainsi dans le récapitulatif livré par son fils Maurice la mention suivante : “Admis à la retraite sur sa demande (forcée) par application de l’article 146 de la Loi du 31 mai 1927 sur le dégagement des cadres, mettant à la porte les blessés inaptes à un commandement actif, à compter du 16 novembre 1933 et promu à cette date Chef de Bataillon de réserve.”]