Marie Camille Lomon et le 31e BCP

05/12/2008

Une monographie sur le village d’Harréville-les-Chanteurs

Filed under: Écrits — chrislomon @ 9:40
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Poussières du passé. Harréville-les-Chanteurs et le Prieuré Saint-Calixte. Imprimerie Christmann – Essey-lès-Nancy, 2001

livre

Ce manuscrit a été publié par les deux enfants de Marie-Camille Lomon, Madeleine et Maurice, cinquante ans après sa rédaction, en 1951. Ce livre est une recherche exhaustive sur un village lorrain situé dans le sud de la Haute-Marne, à la frontière des Vosges. Camille Lomon y traite d’aspects aussi variés que la géographie du lieu, son relief et son hydrologie, sa population,  les métiers exercés par ses habitants, les guerres qui l’ont affecté…

Camille Lomon consacre une partie entière de cette monographie au prieuré Saint-Calixte, ensemble de bâtisses du début du 11ème siècle dépendant de l’abbaye bénédictine Saint-Michel de Saint-Mihiel.

On pourrait imaginer l’objet de ce livre trop précis pour intéresser une personne étrangère à la région. Il est au contraire une belle ressource documentaire plaisante à lire.

Il nous est facile d’imaginer les heures passées par Camille Lomon à compulser des documents originaux pour offrir au lecteur un panorama aussi vaste d’une localité si modeste.

Pour ouvrir le chapitre intitulé “Le pays”, Camille Lomon nous offre cette jolie citation qui balance entre un essentialisme lyrique et un universalisme éclairé :

“Il y a un village Lorrain de forme typique, il y a surtout une façon de penser lorraine, un caractère lorrain, fils de la terre et du climat. C’est ce caractère qui, à travers les vicissitudes de l’histoire, a gardé à la Lorraine son unité. On l’a appelé l’esprit de la frontière. J’aime mieux la définition de Louis Bertrand : “Le sens de ce qui n’est pas nous…” (Grosdidier de Matons, En Lorrraine : au cœur de la Lorraine , Arthaud 1942 158 p).

Dans cet esprit, j’ai justement choisi de publier ici un passage du livre qui concerne des hommes qui ont donné leurs vies, alors qu’ils étaient nés ailleurs,  pour la défense de la France dans la Seconde Guerre Mondiale.

“Dans la nuit du 17 au 18 juin, des éléments de la 1ère Division Coloniale traversent Harréville se dirigeant vers le Vosges par Pompierre. pour couvrir leur retraite, ils maintiennent sur la rive droite de la Meuse, à l’est du village un détachement comprenant probablement les unités très affaiblies d’un bataillon du 12 ème RTM et d’un groupe d’artillerie.

Par ailleurs, le village est littéralement submergé par plus de 200 émigrants, immobilisés par suite de l’embouteillage de la route de Langres. L’encombrement est indescriptible : les rues, les cours, les granges et les habitations sont envahies par cette foule et les véhicules les plus divers qu’elle traine à sa suite, chacun cherchant à s’abriter et à se restaurer.

Le 18 juin au matin, les travaux de défense de cette arrière-garde, vigoureusement menés, s’établissent en profondeur entre la rivière et la lisière des bois, verrouillant essentiellement la route de Pompierre et celle de Sommerécourt. Le soutien d’artillerie se met en batterie sur kla Corvée, à proximité de la route de Pompierre et détache une section sur la route de Sommerécourt, à la sortie du village qui installe une pièce dans le jardin sis près du passage à niveau, et l’autre à mi-coté, près des ruines de la maison Hatier.

En présence de cette situation, le Maire prend contact avec l’officier  commandant l’arrière-garde, installé au Prieuré, afin d’arrêter avec lui toutes mesures assurant la sauvegarde des populations placées sous son autorité. Cet officier lui expose les grandes lignes de sa mission qu’il entend remplir totalement, et conseille l’évacuation, tout au moins partielle du village et l’utilisation des gorges boisées de la Meuse toutes proches pour abriter les évacués.

Le Maire repasse le pont où déjà les barricades sont prêtes à être mises en place, après le passage du dernier élément en retraite qui se présente à 12h20. Le pont est aussitôt obstrué par des charriots et des instruments agricoles reliés par du barbelé  ; en outre, deux gros tilleuls sont abattus sur la chaussée au débouché du pont sur la rive droite.

Les troupes allemandes étant annoncées, le Maire se porte à leur rencontre et prend contact, vers 14h50 avec un officier pour lui signaler l’affluence de réfugiés et lui demander la protection des vies et des biens de la population civile. Cet officier lui donne l’ordre d’agir immédiatement près des troupes françaises pour obtenir leur repliement immédiat et de barricader le pont en requerrant la main d’oeuvre nécessaire.

Le Maire se dirige vers le pont avec trois hommes requis, et de la rive gauche, il communique au commandant de l’arrière-garde, les ordres qu’il avait reçu de l’ennemi. La réponse est immédiate, un geste de dénégation, un coup de sifllet suivi aussitôt de rafales de mitrailleuses.

Le combat s’engage, il est environ 15h10. La population s’abrite de son mieux, s’entassant dans les caves et tous les locaux accessibles, aussi bien que les rares témoins oculaires des faits qui vont se dérouler.

Bientôt, dominant les feux d’infanterie, la canonnade se faite entendre à son tour.

A ce moment une voiture blindée allemande stoppe devant le pont, puis fait demi-tour en évitant de justesse un obus et en couvrant sa retraite par trois grenades fumigènes… Ah ! les salauds ! s’exclame un des occupants de cette voiture observée par un Harrévillois qui a noté cette scène.

L’infanterie allemande filtre lentement entre les maisons, jardins et vergers du village, mais ne peut déboucher en raison des tirs d’enfilade habilement établis et n’offrant aucune solution de continuité. Vers 17 h, M. Bauer est témoin de sa maison, sise route de Sommerécourt d’une action d’artillerie particulièrement bien menée contre une colonne d’artillerie ennemie, qui ayant débouche des Hauts-Bois se disposait a se mettre en batterie derrière le petit bois appartenant a M. Lort.

Cet élément pris sous un feu nourri et très efficace essaie de se dégager et de se défiler vers le sud mais continue à subir des pertes élevées qui n’ ont pu être évaluées, l’ennemi ayant en fin de combat enlève ses morts, ses blessés et ramasse le matériel démoli ;  seuls, les cadavres d’une dizaine de chevaux gisaient sur le terrain.

Le combat dura sans interruption jusqu’ a 20 h environ. Apres une accaImie de 3/4 d’heure environ, les feux d’infanterie et d’ artillerie se faisaient en tendre de nouveau, et leurs rafales, fréquentes se succédèrent jusqu’a 1 matin.

C’est a ce moment que notre artillerie cessa d’agir et commença son repli sous la protection de l’infanterie qui se retira a son tour vers 4 h du matin. La population n’entendant plus que la canonnade ennemie dont les trajectoires, paraissaient plus relevées comprit que le combat avait cesse dans son voisinage.

Le village est alors traverse par les troupes ennemies poursuivante occupe par des éléments de soutien. Les dégâts étaient heureusement peu élevés, tous les coups de 150 se répartissant entre la voie ferrée, coupée en deux endroits, et le pied de l’escarpement bordant la vallée et on six obus non éclatés ont été retrouves par la suite. Le 20 juin, après le départ des occupants, nos morts étaient relevés, inhumés au cimetière communal. Ce sont, dans l’ordre de leurs tombes :

1 Sénégalais inconnu

Fradin Raymond Ernest, CI 1936, de Belleville (Deux-Sèvres) Jeangeal Félix. N° Mle 782, cl 17, La guadeloupe.

Sergent Raveltat Isidore, N° Mle 899, cl 33. Perpignan

Nisseron Marcel, c135. Châteauroux

Magaria Niger, cl 38 – 19139 ZKQ

Mansa Siallo, N° Mle 27358 – Kintia

Moussa Konde GK 64085 cl 38 – Guinée – sergent

Moussa Kamara – sergent

Sénégalais inconnu, c125 – 3233
Dantilla Fararah GAF 49032 – cl 38

Depuis, leurs tombes remarquablement entretenues et fleuries reçoivent des visites et soins journaliers ; elles regardent le terrain proche où ces braves sont glorieusement tombes.

Près d’eux reposent les victimes civiles, savoir :

- Cadet Monique, 8 ans, tuée le 16 juin par bombardement d’avion sur la route de Liffol-le-Grand, an lieu-dit Parfondevaux, fille de Paul et de Percebois Marguerite, domicilies a Maulan (Meuse), inhumée le 17 juin.

Bremont Marie Aline Suzanne, 47 ans décédée sur la route nationale a la sortie d’Harréville, au lieu-dit La Cabeurna » (maladie et fatigue) fille de Victor Rene et de Remy Laure Constance, domicilies a Sommeille (Meuse). Weed& le 17 juin, 7 heures, inhumée le même jour.

Détour Marie Hortense, veuve Auguste Bertaux, 69 ans, décédée le 20 juin, a 12 heures, au domicile de M. Alphonse Richoux, inhumée le lendemain.

Minel Berthe, 49 ans, célibataire, décédée en arrivant a Harréville, le 16 juin, a 4 h 30, domiciliée a Laheycourt (Meuse). Son corps est déposé dans le local des pompes par les évacués qui l’accompagnaient et l’abandonnent la. inhumée le même jour.

Après le combat, dans la prairie et les jardins, rive droite, et sur tout le front du combat se voyaient les traces laissées par les occupants : paille, literie, meubles, matériaux, munitions, papiers etc. Sur la route de Pompierre, à l’entrée de la Goule, un convoi d’une dizaine de voitures, plus ou moins démolies était abandonne avec son chargement en matériels divers, forge, outils, artifices, munitions, etc.

Tels sont les faits essentiels des journées tragiques de la mi-juin 1940,et il serait intéressant de recevoir tons renseignements utiles sur les unités et leurs chefs qui ont si bien rempli leur mission de sacrifice au cours d’une retraite épuisante, devant un ennemi toujours supérieur en nombre et en moyens. [...]“

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